Terminer une aventure
Revenir à Val d’Isère,
c’est fermer une parenthèse ouverte cinq ans plus tôt.
Un rêve d’enfant est devenu réalité.
Mes journées sont alors consacrées à parcourir les pontons et à aller de voilier en voilier dans l’espoir de trouver le bateau providentiel qui pourra m’emmener de l’autre côté du Pacifique.
Le soir, je découvre Panama City et profite de cette attente forcée pour rencontrer les habitants de la capitale.
Ce soir-là, Andreina, une jeune femme rencontrée quelques mois auparavant, organise une petite fête pour mon anniversaire.
Et au milieu des invités, une jeune avocate panaméenne attire immédiatement mon attention.
« Parmi les invités, je remarque instantanément une jeune fille pleine de vie et de charme répondant au doux prénom de Marisol. Nous passons de longues heures à discuter, puis décidons de nous revoir le lendemain pour mieux nous connaître… »
Face à l’océan et aux gratte-ciel de Panama City,
nous passons des heures à parler
de nos vies, de nos projets
et de notre vision du monde.
Marisol est avocate.
Elle envisage de poursuivre ses études en Europe,
de découvrir un continent qu’elle ne connaît pas
et d’apprendre une nouvelle langue.
Une complicité s’installe rapidement.
Et, pour la première fois depuis longtemps,
je sens que cette rencontre pourrait être différente
de toutes celles faites sur la route.
« Je me l’étais promis : le tour du monde d’abord, la possibilité d’une relation ensuite. »
Si le destin veut que l’on se revoie,
on se reverra.
entre Panama et nos retrouvailles
pour apprendre à nous connaître à distance
cette fois en Alsace
Je poursuis cette aventure commencée en 2003, avec encore des milliers de kilomètres devant moi, des frontières à franchir et des rencontres à vivre.
La promesse que je m’étais faite reste la même : aller au bout de mon tour du monde.
Mais quelque chose a changé. Où que je sois sur la planète, il y a désormais quelqu’un à qui j’ai envie de raconter ce que je vis.
Pas de WhatsApp, pas de visioconférences permanentes
dans la poche : à l’époque,
notre histoire se construit essentiellement par écrit.
Au fil des messages,
nous racontons nos quotidiens,
échangeons nos idées,
partageons nos projets
et apprenons progressivement
à nous connaître malgré la distance.
Les kilomètres nous séparaient.
Les mots, eux, nous rapprochaient.
En novembre 2007, après environ 27 mois et 1 100 e-mails échangés, Marisol arrive finalement en Alsace.
Elle souhaite poursuivre ses études en Europe et découvrir ce continent dont nous avions tant parlé lors de nos premières soirées à Panama.
Cette fois, il ne s’agit plus simplement de quelques jours passés ensemble entre deux étapes d’un tour du monde.
Nous allons pouvoir découvrir si cette histoire construite à distance peut également exister dans la vie réelle.
Quelques mois plus tard, Marisol ne va pas seulement partager mon quotidien. Elle va aussi m’accompagner pour boucler les derniers kilomètres de mon tour du monde.
Après m’avoir retrouvé en Alsace, Marisol accepte donc de découvrir de manière très concrète ce mode de voyage dont je lui parle depuis plus de deux ans.
Direction Val d’Isère, en auto-stop évidemment.
Pour moi, lever le pouce au bord d’une route est devenu presque banal. Pour elle, beaucoup moins.
Elle n’est pas franchement rassurée, mais elle se prête au jeu. Et nous finissons par arriver ensemble au point où l’aventure avait commencé.
Revenir à Val d’Isère,
c’est fermer une parenthèse ouverte cinq ans plus tôt.
Un rêve d’enfant est devenu réalité.
Ces derniers kilomètres ont aussi
une dimension différente.
Ils marquent le moment où
la route solitaire laisse progressivement
place à une histoire à deux.
Le tour du monde pouvait se terminer.
Notre histoire, elle, ne faisait que commencer.
En 2008, notre histoire prend donc une forme très différente.
Plus de séparation entre deux continents, plus de rendez-vous entre deux étapes du voyage : nous vivons désormais ensemble à Strasbourg.
Et après avoir parcouru le monde, je découvre avec Marisol une autre forme d’aventure : celle du quotidien.
Nous partageons alors un appartement d’environ 25 mètres carrés. Un espace plutôt modeste, mais suffisamment grand pour vérifier que notre histoire fonctionne aussi lorsque l’on ne se dit plus au revoir au bout de quelques jours.
Marisol à Strasbourg · 2008
La cérémonie civile se déroule le 21 mars 2009 à la mairie de la place Broglie, au cœur de Strasbourg.
Près de trois ans et demi après notre première rencontre à Panama City, nous devenons officiellement mari et femme.
Marisol Richards Espinosa devient Marisol Richards Espinosa Hubler.
Strasbourg pour le premier oui.
Mais il reste encore à célébrer cette histoire là où elle a commencé.
Nous avions envie d’un mariage qui nous ressemble : chaleureux, simple dans son esprit et un peu différent.
Nous choisissons donc de nous marier sur une plage près de Farallón, à environ 90 minutes de route de Panama City.
Après Strasbourg, c’est aussi une manière de célébrer notre histoire dans le pays de Marisol, entourés de sa famille, de nos proches et de nos amis.
La cérémonie religieuse et la fête qui suit resteront pour nous des moments d’une intensité formidable.
Strasbourg avait officialisé notre union.
Panama lui donnait aussi ses racines.
L’Alsace est le lieu de mon enfance,
de ma famille et de mon retour
après cinq années de voyage.
C’est là que nous avons commencé
notre vie quotidienne à deux.
Panama est le pays de Marisol,
de sa famille et de notre première rencontre.
Il était naturel que notre mariage
soit aussi célébré
de ce côté de l’Atlantique.
Le magazine revient sur notre rencontre au Panama pendant mon tour du monde, la relation à distance qui a suivi et la manière dont cette rencontre improbable est finalement devenue une histoire de vie.
Dans cet épisode, je raconte toute notre histoire : la rencontre au Panama, les milliers de kilomètres qui nous séparaient, les lettres, les retrouvailles et la naissance progressive de notre couple.
Une rencontre de voyage est devenue une histoire de vie.
Avec Marisol, notre famille porte naturellement plusieurs cultures, plusieurs histoires et plusieurs regards sur le monde.
Il y a mes racines françaises et alsaciennes, celles de Marisol au Panama, puis tout ce que les voyages et les rencontres ont ajouté au fil des années.
Ana-Laura et Sebastian grandissent donc dans un univers où le monde extérieur n’est pas quelque chose de lointain : il fait partie de notre quotidien.
Avec son arrivée, nous découvrons une nouvelle manière de regarder les voyages, les projets et l’organisation de la vie quotidienne.
Une famille désormais complète, avec laquelle les voyages continuent — différemment de mes années de stop, mais toujours avec la même curiosité pour le monde.
Comprendre qu’il existe une multitude de façons de vivre, de penser et d’organiser une société.
Derrière un pays, une culture ou une religion, il y a d’abord des personnes et des histoires.
Le voyage confronte les représentations à la réalité et oblige souvent à revoir ses certitudes.
Plus encore que le goût du voyage, j’aimerais transmettre à nos enfants le goût de la découverte et de l’altérité.
Le tour du monde m’a appris à aller vers les autres.
Aujourd’hui, j’essaie simplement de transmettre
cette curiosité à mes enfants.