Ludovic Hubler
Entrepreneur social, conférencier,
écrivain voyageur
Carnet de route
in f
TOUR DU MONDE EN STOP • 2003–2008

Finances

Cinq années autour du monde pour environ 25 000 euros. Moins une question de privation que de choix, d’adaptation et d’ingéniosité.

Auto-stop, nuits chez l’habitant, nourriture de rue, petits boulots, conférences et système D : voyager longtemps avec peu d’argent était possible, à condition de revoir complètement la manière de se déplacer et de se loger.

25 000 € coût total
sur 5 ans
5 000 € en moyenne
par an
≈ 10 $ budget quotidien
hors à-côtés
01
Le vrai secret du budget

Vivre avec environ
10 dollars par jour

En retirant certaines dépenses exceptionnelles, mon budget quotidien tournait autour de 10 dollars par jour.

Cela peut sembler très peu pour voyager autour du monde, mais deux postes qui représentent habituellement l’essentiel du budget d’un voyageur étaient chez moi presque réduits à zéro : le transport et le logement.
BUDGET QUOTIDIEN
≈ 10 $
en moyenne, hors certains à-côtés

Je ne voyageais pas dans des conditions luxueuses, mais mon objectif n’était pas non plus de battre un record de privation.

La logique était plutôt de dépenser très peu dans les domaines où d’autres solutions existaient, afin de pouvoir continuer à voyager pendant plusieurs années.

Et sur ce point, l’auto-stop et l’hospitalité des personnes rencontrées ont complètement changé l’équation.

01 — TRANSPORT

Presque zéro

En voyageant principalement en auto-stop, je ne dépensais pratiquement rien pour passer d’une ville ou d’un pays à l’autre.

Mes dépenses de transport concernaient surtout les déplacements à l’intérieur des villes ou quelques situations particulières.

Auto-stop Le principal moyen de déplacement pendant les cinq années du voyage.
02 — LOGEMENT

Presque zéro aussi

À deux ou trois exceptions près, je ne dormais jamais dans des chambres d’hôtel coûtant plus de quelques dollars.

En réalité, je dormais surtout chez les personnes rencontrées, mais aussi sous ma tente, dans des camions ou à la belle étoile.

Chez l’habitant La solution la plus fréquente… et aussi l’une des plus riches humainement.
Ce n’est pas parce que tout était bon marché.
Si mon tour du monde a pu coûter relativement peu, ce n’est pas simplement parce que je voyageais dans des pays où la vie était moins chère.

C’est surtout parce que les deux dépenses qui pèsent généralement le plus lourd dans un budget voyage — se déplacer et dormir — étaient devenues chez moi presque marginales.
02
La nuit ne coûtait presque rien

Dormir pour
presque rien

Le logement est souvent l’un des plus gros postes d’un budget voyage.

Pour moi, il était quasiment inexistant. À deux ou trois exceptions près, je ne dormais jamais dans des hôtels à plus de quelques dollars la nuit.
Quelques nuits originales pendant le tour du monde en stop
CINQ ANNÉES · DES MILLIERS DE NUITS

Une chambre d’hôtel était l’exception

La majorité du temps, je dormais chez les personnes rencontrées. L’hospitalité faisait donc partie intégrante de la manière dont je voyageais.

Mais certaines nuits étaient beaucoup moins conventionnelles : sous ma tente, dans des camions, à la belle étoile ou dans toutes sortes d’endroits improvisés.

Cela réduisait évidemment énormément le budget, mais cela créait surtout des expériences et des rencontres que je n’aurais jamais connues depuis une chambre d’hôtel.

Chez l’habitant

La majorité du temps

Conducteurs, familles rencontrées en chemin, amis d’amis… l’hospitalité était souvent spontanée.

Sous la tente

Au début du voyage

Une solution prévue avant le départ, même si la tente s’est finalement révélée moins indispensable que je ne le pensais.

Dans les camions

Quand la route continuait

Certaines étapes se transformaient naturellement en nuit dans ou près du véhicule qui m’avait pris en stop.

À la belle étoile

Quand il n’y avait rien d’autre

Parfois, le lieu de couchage dépendait simplement de l’endroit où la journée s’était terminée.

Et parfois… il fallait négocier sa chambre.
Lorsque je n’avais aucune autre solution, il m’est arrivé d’aller frapper directement à la porte d’hôtels.

Je proposais alors un échange : deux heures de travail contre une nuit.

Nettoyage de piscine, rangement, aide dans les chambres ou autres petits travaux : l’idée était simple. Je n’avais pas forcément l’argent pour payer la chambre, mais je pouvais donner un peu de temps.

À d’autres occasions, je proposais même de mentionner l’établissement dans le livre que j’espérais écrire sur le voyage. Et à plusieurs reprises, cela a fonctionné.
L’économie était réelle, mais ce n’était pas le plus important.

Dormir chez les gens ou dans des lieux improbables me permettait évidemment d’économiser beaucoup d’argent. Mais avec le recul, le plus précieux était ailleurs : chaque nuit devenait potentiellement une rencontre, une histoire ou une porte ouverte sur la vie quotidienne du pays traversé.

03
Simple, local et souvent délicieux

Manger
avec peu

Après le transport et le logement, la nourriture était évidemment l’une de mes principales dépenses quotidiennes.

Là encore, mon mode de voyage permettait de maintenir les coûts très bas : je mangeais rarement dans des restaurants destinés aux touristes.
LE BUDGET NOURRITURE

Manger là où mangent les gens

La grande majorité du temps, je mangeais dans la rue.

La nourriture de rue avait deux avantages : elle était généralement très bon marché et souvent excellente.

Elle permettait aussi de découvrir directement les habitudes culinaires des pays traversés, sans nécessairement passer par les restaurants fréquentés par les voyageurs.

Lorsque ce n’était pas possible, je me rabattais sur des solutions encore plus simples : sandwichs, salades et produits achetés dans les supermarchés ou petites épiceries.

Repas trouvé au bord d'une route en Australie pendant le tour du monde
Australie — un repas trouvé au bord de la route.
Dans la rue

Street food

Dans de nombreux pays, c’était la solution idéale : locale, simple, rapide et peu chère.

Au supermarché

Faire simple

Sandwichs, salades et quelques produits de base permettaient de manger sans transformer chaque repas en dépense importante.

Chez les gens

Partager

L’hospitalité ne s’arrêtait évidemment pas au couchage. Être accueilli signifiait aussi parfois partager le repas de la famille.

Manger bon marché ne voulait pas forcément dire mal manger.
La nourriture de rue a parfois mauvaise réputation auprès des voyageurs qui craignent les problèmes digestifs.

Pourtant, elle fait partie de mes bons souvenirs du voyage. Dans beaucoup de pays, on y trouve une cuisine fraîche, populaire et préparée devant soi pour une fraction du prix d’un restaurant classique.

Et surtout, manger dans la rue permettait de rester au contact de ce qui m’intéressait le plus : la vie quotidienne des gens.

Voyager avec peu oblige parfois à faire simple.
Et faire simple permet souvent de voyager plus près des gens.

04
Les petits montants finissent par compter

Les dépenses
qu’on oublie

Même avec un transport et un logement presque gratuits, tout n’était évidemment pas gratuit.

Une multitude de petites dépenses revenaient au fil des semaines : communications, visas, vêtements, boissons et imprévus divers.
INTERNET SUR LA ROUTE
0,30 € l’heure en Argentine
25 $ à Bora-Bora

Le monde avant le smartphone

Entre 2003 et 2008, rester en contact signifiait régulièrement trouver un cybercafé.

Les tarifs variaient de façon spectaculaire : environ 30 centimes d’euro l’heure en Argentine jusqu’à 25 dollars à Bora-Bora.

Internet était pourtant devenu indispensable pour donner des nouvelles, répondre aux messages, organiser certains rendez-vous et continuer à faire vivre le voyage à distance.

Visas

Passer les frontières

Tous les pays n’étaient pas gratuits d’accès. Les visas constituaient donc une dépense régulière mais incontournable.

Vêtements

Remplacer l’usé

Cinq années de route finissent forcément par user chaussures, pantalons et tee-shirts. Il fallait donc renouveler le minimum nécessaire.

Boissons

Les petits plaisirs

Le voyage n’était pas une compétition pour dépenser le moins possible. Un verre ou un moment partagé faisait aussi partie de l’expérience.

Imprévus

Toujours quelque chose

Une réparation, un trajet urbain, un document, une communication… les petites dépenses inattendues finissent toujours par apparaître.

Un petit budget ne signifie pas un budget parfaitement prévisible.
Sur plusieurs années, l’essentiel n’était pas de comptabiliser chaque centime de manière obsessionnelle.

Il fallait plutôt maintenir les gros postes à un niveau très faible pour conserver une marge permettant d’absorber les petites dépenses et les imprévus.
05
Le voyage s’est aussi financé en route

Partir avec 12 000 €
trouver le reste en chemin

Je n’avais évidemment pas 25 000 euros disponibles lorsque j’ai quitté la France.

Je suis parti avec environ 12 000 euros, provenant de mes économies personnelles et du soutien de quelques partenaires.
CAPITAL DE DÉPART
12 000 €
puis apprendre à financer la suite

Ces 12 000 euros constituaient une base importante, mais ils n’auraient évidemment pas suffi pour financer cinq années de voyage.

La suite s’est donc construite progressivement, en fonction des opportunités rencontrées sur la route.

Au lieu d’attendre d’avoir la totalité du budget avant de partir, j’ai accepté l’idée qu’une partie du voyage devrait se financer pendant le voyage lui-même.

Les conférences

La principale ressource

Mes tournées de conférences, notamment pendant un an en Amérique du Nord et cinq mois en Australie, m’ont permis de récolter une bonne partie de la somme nécessaire pour poursuivre.

Écrire

Articles pour des magazines

À certaines étapes, j’ai écrit des articles pour des publications locales ou raconté mon expérience dans la presse.

Cela permettait à la fois de partager le voyage et de générer quelques revenus.

Photographier

Vendre quelques images

Les milliers de kilomètres parcourus produisaient forcément de nombreuses images.

Certaines ont pu être vendues pour contribuer au financement de la route.

Travailler

Les petits boulots

Lorsque l’occasion se présentait, je pouvais aussi travailler quelques jours ou quelques semaines : restauration, auberge de jeunesse ou autres emplois trouvés sur place.

Petit boulot dans une auberge de jeunesse en Australie
Darwin, Australie
Travail dans une auberge de jeunesse.
Travail dans un restaurant à Ushuaia en Argentine
Ushuaïa, Argentine
Serveur, coupeur de pain, plongeur…
Petit boulot dans un restaurant en Argentine
Ushuaïa
Quelques heures de travail pour financer la suite.
Je ne suis pas parti avec tout le budget. Je suis parti avec de quoi commencer.
Cela impliquait évidemment une part d’incertitude.

Mais le voyage lui-même a progressivement créé de nouvelles possibilités : conférences, articles, photos, emplois et rencontres professionnelles.

Le financement n’était donc pas seulement une préparation réalisée avant le départ : il est devenu une partie du voyage.
06
L’argent n’était pas la seule monnaie d’échange

Travailler
pour avancer

Tous les petits boulots effectués pendant le voyage n’étaient pas rémunérés.

Parfois, ce que je cherchais n’était pas un salaire, mais simplement un moyen de poursuivre ma route.
UNE AUTRE ÉCONOMIE
Du temps
contre
des kilomètres.
travailler, aider, embarquer

Le principe de l’auto-stop reposait déjà en grande partie sur une économie différente : la rencontre et l’échange plutôt que l’achat d’un service.

Pour certaines portions du voyage, notamment lorsqu’il fallait traverser des océans, cette logique allait encore plus loin.

Je pouvais offrir du temps, du travail ou certaines compétences en échange d’une place à bord ou d’un moyen de poursuivre l’itinéraire.

Equipier sur un voilier pendant le tour du monde
Sur les voiliers

Devenir équipier

Pour traverser certaines portions d’océan, il fallait trouver un bateau prêt à m’embarquer.

En échange, je pouvais devenir un membre actif de l’équipage et participer aux tâches nécessaires à bord.

Traversée en voilier pendant le tour du monde en stop
Bateau-stop

Traverser sans billet

Là encore, le voyage ne consistait pas simplement à obtenir gratuitement un trajet.

Il fallait souvent participer à la vie du bateau, aux manœuvres et aux tâches quotidiennes.

Caméraman et réalisateur à bord d'un cargo pendant le tour du monde
À bord d’un cargo

Caméraman & réalisateur

Sur une autre traversée, mes compétences audiovisuelles ont servi de monnaie d’échange.

Filmer et réaliser me permettait d’apporter quelque chose en retour de mon embarquement.

Ne pas avoir beaucoup d’argent ne signifie pas ne rien avoir à offrir.
Temps, énergie, compétences, capacité à aider ou simplement volonté de participer : le voyage m’a souvent rappelé qu’il existe d’autres formes de valeur que l’argent.

Cela ne signifiait pas chercher systématiquement à obtenir quelque chose gratuitement. Il s’agissait plutôt de trouver un échange qui ait du sens pour les deux parties.
≈ 25 000 € budget total
sur cinq années
≈ 5 000 € moyenne
annuelle
≈ 10 $ par jour
hors à-côtés

Le vrai capital du voyage n’était pas seulement celui que j’avais sur mon compte en banque.
C’était aussi ma capacité à m’adapter, à créer des échanges et à saisir les opportunités.