Ludovic Hubler
Entrepreneur social, conférencier,
écrivain voyageur
Carnet de route
in f
Itamarandiba dans le Minas Gerais au Brésil
TOUR DU MONDE EN STOP · AGIR SUR LE TERRAIN

VOIR.
COMPRENDRE.
AGIR.

Quand certaines rencontres imposent de s’arrêter.
Mon tour du monde m’a confronté directement à des réalités que je connaissais jusque-là surtout à distance.

Au Brésil puis en Inde, j’ai choisi de suspendre ma route pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois pour participer à des actions locales, apprendre auprès de celles et ceux qui agissaient déjà et apporter, modestement, ce que je pouvais.
3 mois À Itamarandiba · Brésil
2003 Projet SEMEAR · Minas Gerais
2007 Volontariat à Calcutta · Inde
« L’émotion est la porte de la conscience. »

Voir la souffrance de près provoque une réaction bien différente de celle ressentie derrière un écran.

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Du voyage à l’action

Pourquoi s’arrêter
pour agir ?

Avant mon départ, j’étais bien sûr conscient des profondes inégalités qui existent dans le monde. Mais les connaître intellectuellement et les voir de ses propres yeux sont deux expériences très différentes.

Certaines rencontres et certaines scènes vécues au fil du parcours m’ont particulièrement marqué. Face à elles, continuer simplement ma route aurait parfois été difficile.

« L’émotion est la porte de la conscience. »

Voir un enfant souffrir de la faim ou du froid à la télévision provoque une réaction bien différente de celle ressentie lorsque cet enfant se trouve devant soi.

Je n’avais ni la prétention ni les compétences pour résoudre les immenses problèmes rencontrés. Mais lorsque l’occasion se présentait, je pouvais au moins m’arrêter quelques semaines ou quelques mois, écouter ceux qui connaissaient le terrain et mettre mes compétences ou simplement mon temps à leur disposition.

Ne pas arriver avec des solutions toutes faites

Les acteurs locaux connaissent leur réalité bien mieux que le voyageur de passage. La première étape consistait donc à observer, comprendre et apprendre auprès d’eux.

Apporter ce que je pouvais

Compétences en gestion et en finance, informatique, organisation, activités avec les enfants ou simplement présence humaine : l’aide pouvait prendre des formes très différentes.

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Première grande étape : Itamarandiba Trois mois dans une petite ville du Minas Gerais au Brésil, autour de plusieurs projets de développement local.
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Trois mois au cœur du Minas Gerais

Itamarandiba
Brésil

Au milieu de l’année 2003, ma route s’est arrêtée pendant trois mois à Itamarandiba, une petite ville du Minas Gerais, où j’ai eu l’occasion de m’impliquer dans plusieurs projets locaux.

Une rue d'Itamarandiba dans le Minas Gerais au Brésil
Minas Gerais · Brésil · 2003
Une rue d’Itamarandiba, où une partie de la population vivait alors dans des conditions particulièrement précaires.

Itamarandiba se situe dans l’intérieur du Minas Gerais, loin des grandes villes brésiliennes. À l’époque, nombre d’habitants de la région vivaient dans des conditions difficiles et certains foyers ne disposaient ni d’eau potable ni d’électricité.

Mon séjour s’inscrivit dans le cadre d’une collaboration initiée avec le Rotary Club de Strasbourg-Kléber, et notamment grâce à Daniel Maitrot.

C’est par son intermédiaire que je fus mis en contact avec Sebastien Gusmao, neurochirurgien à Belo Horizonte, qui facilita ensuite mes contacts dans la région et me permit de rejoindre plusieurs initiatives locales.

Pas une mission unique, mais plusieurs formes d’action

Pendant ces trois mois, j’ai pu participer à un projet éducatif, transmettre certaines compétences en finance et en informatique, organiser des activités avec les enfants et accompagner différents acteurs locaux sur le terrain.

Ce séjour fut également l’occasion de suivre à plusieurs reprises des médecins intervenant dans les zones rurales les plus reculées, ainsi que des membres de la préfecture engagés dans différents projets de développement.

Les relais qui ont rendu cette expérience possible
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Rotary Club de Strasbourg-Kléber À l’origine de la mise en relation permettant de rejoindre les acteurs locaux au Brésil.
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Daniel Maitrot Interlocuteur déterminant dans la création du lien avec les partenaires brésiliens.
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Sebastien Gusmao Neurochirurgien à Belo Horizonte, il facilita les contacts et l’intégration dans plusieurs projets locaux.
3 mois Passés à Itamarandiba
2003 Première année du tour du monde
4 axes Éducation · formation · enfants · terrain
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Prochaine étape : le projet SEMEAR Une équipe de six personnes, un concours national, puis une récompense de 80 000 réais pour développer l’éducation locale.
03
De l’idée au financement

Le projet
SEMEAR

Parmi les projets auxquels j’ai participé à Itamarandiba, l’un allait prendre une dimension totalement inattendue : un projet éducatif conçu pour les enfants de la ville et des communautés rurales environnantes.

Équipe du projet SEMEAR à Itamarandiba au Brésil
Challenge Banco Real
Une partie de l’équipe mobilisée autour du projet SEMEAR à Itamarandiba.

Chaque année, la banque Banco Real organisait un concours national destiné à soutenir des projets de développement menés à travers le Brésil.

Pour participer, il fallait constituer une équipe et bâtir un véritable dossier de projet : objectifs, nature des actions, budget prévisionnel et effets attendus sur la communauté.

Ma formation en école de commerce et mes expériences précédentes sur des projets de ce type m’ont permis d’intégrer dès le départ une équipe de six personnes, parmi lesquelles deux étudiantes brésiliennes.

SEMEAR · « Semer »

Le projet fut baptisé SEMEAR — « semer » en portugais. Son ambition était d’améliorer l’éducation proposée aux enfants d’Itamarandiba et des communes rurales environnantes.

Pendant plusieurs semaines, nous avons travaillé ensemble à la conception du projet et à la constitution du dossier. Une fois finalisé, celui-ci fut envoyé aux organisateurs du concours à São Paulo.

Il ne restait alors plus qu’à attendre la décision du jury.

01
Constituer l’équipe Six personnes réunies autour d’un projet commun pour Itamarandiba.
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Construire le projet Définition des besoins, des objectifs et des actions éducatives.
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Bâtir le budget Préparation du budget prévisionnel et des résultats attendus.
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Candidater Envoi du dossier au Challenge Banco Real pour la sélection nationale.
80 000 réais obtenus
Et puis la nouvelle est tombée…

SEMEAR remporte le concours national

À notre grande satisfaction, le projet SEMEAR fut retenu comme vainqueur national. Un financement de 80 000 réais — environ 25 000 € à l’époque — fut attribué à la préfecture d’Itamarandiba afin de permettre la réalisation des actions développées dans notre dossier.

Un projet local Pensé à partir des besoins identifiés à Itamarandiba et dans les zones rurales.
Une équipe brésilienne Un travail collectif réalisé avec les acteurs et étudiants présents sur place.
Un financement concret 80 000 réais attribués à la préfecture pour mettre en œuvre les actions prévues.
04
Mais mon rôle à Itamarandiba ne s’est pas arrêté à SEMEAR Formations en finance et en informatique, activités avec les enfants et immersion auprès des médecins et acteurs du développement local.
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Au-delà du projet SEMEAR

Transmettre.
Partager. Découvrir.

Les trois mois passés à Itamarandiba ne se résumèrent pas au projet SEMEAR. J’ai également essayé de mettre à disposition certaines compétences acquises pendant mes études, tout en découvrant le travail quotidien de ceux qui agissaient sur le terrain.

01 Transmettre

Finance à
la préfecture

Ma formation en école de commerce m’avait permis d’acquérir certaines connaissances en finance.

J’ai donc organisé des séances de formation à la préfecture d’Itamarandiba afin de partager une partie de ces connaissances avec les équipes locales.

02 Former

Informatique
à l’hôpital

Dans le même esprit, des séances de formation en informatique furent mises en place auprès du personnel de l’hôpital.

Il ne s’agissait pas d’arriver avec une expertise extraordinaire, mais simplement de transmettre des compétences qui pouvaient être utiles localement.

03 Créer des moments

Jeux olympiques &
Coupe du monde

Une autre partie de mon temps fut consacrée aux enfants de la communauté.

Avec les acteurs locaux, nous avons notamment organisé des Jeux olympiques et une Coupe du monde de football afin d’apporter quelques moments de jeu, de rencontre et de légèreté.

Et surtout… Aller voir
le terrain

Durant ce séjour, j’ai également eu l’occasion d’accompagner à plusieurs reprises des médecins intervenant dans les endroits les plus reculés et les plus pauvres de la région.

J’ai aussi suivi des membres de la préfecture engagés dans différents projets de développement. Ces déplacements permettaient de quitter les bureaux, d’aller à la rencontre des habitants et de mieux comprendre les réalités auxquelles ils étaient confrontés.

Pour le voyageur que j’étais, ces journées constituaient probablement l’une des dimensions les plus enrichissantes de ces trois mois : observer, écouter et comprendre avant de prétendre agir.

Trois mois qui ont changé le voyage

Itamarandiba fut bien davantage qu’une étape sur ma route. Pendant trois mois, je cessais d’être uniquement un voyageur de passage. Le projet SEMEAR, les formations, les activités avec les enfants et les journées passées auprès des acteurs locaux m’offrirent une première immersion concrète dans les réalités du développement sur le terrain.

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Quatre ans plus tard · Calcutta En 2007, une autre réalité allait profondément me marquer : celle rencontrée dans les centres fondés par Mère Teresa en Inde.
05
Quatre ans plus tard

Calcutta
Inde

En 2007, ma route me mena à Calcutta. Parmi toutes les formes de pauvreté rencontrées pendant ces cinq années, certaines scènes vues dans cette ville comptent parmi celles qui m’ont le plus profondément marqué.

Rickshaw humain dans les rues de Calcutta
Calcutta · Inde · 2007
Calcutta était alors l’une des dernières grandes villes où l’on pouvait encore croiser ces rickshaws tirés à pied.

La misère existe dans de très nombreuses régions du monde, mais ce que j’ai vu à Calcutta m’a particulièrement bouleversé. La pauvreté y était parfois d’une brutalité difficile à décrire.

C’est dans cette ville que Mère Teresa avait commencé son action auprès de ceux qu’elle appelait « les plus pauvres d’entre les pauvres », avant que son œuvre ne se développe dans de nombreux pays.

J’ai décidé de m’inscrire comme volontaire pendant plusieurs semaines pour apporter un peu de temps aux sœurs et aux volontaires présents dans les centres de la ville.

Une aide très simple

Mon rôle n’avait rien d’extraordinaire : être présent, aider dans les tâches quotidiennes et apporter un peu de soutien, d’attention et de chaleur humaine aux personnes les plus fragiles.

L’essentiel de mon temps fut passé à Premdam, l’un des centres de Calcutta, mais je découvris également le dispensaire Daya Den, où étaient apportés les premiers soins à des personnes vivant dans la rue.

2007 Passage à Calcutta
Quelques semaines De volontariat sur place
2 lieux Premdam & Daya Den
Centre Premdam de Mère Teresa à Calcutta
Centre Mère Teresa

Premdam

Le lieu où s’est déroulée l’essentiel de ma mission de volontariat à Calcutta.

Dispensaire Daya Den à Calcutta
Premiers soins

Daya Den

Un dispensaire accueillant notamment des personnes vivant dans la rue.

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Prochain bloc : simplement être présent À Premdam, l’action prenait une forme beaucoup plus simple : accompagner, soutenir et apporter un peu d’attention aux personnes les plus vulnérables.
Soutien aux personnes les plus faibles dans un centre Mère Teresa à Calcutta
Premdam · Calcutta
Quelques semaines de volontariat auprès des personnes les plus fragiles accueillies dans le centre.
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Parfois, aider est très simple

Simplement
être présent

À Premdam, il ne s’agissait pas de monter un projet, de rédiger un budget ou de chercher des financements. L’action était beaucoup plus simple et beaucoup plus humaine.

Comme les autres volontaires présents sur place, mon rôle consistait surtout à apporter un peu de soutien, d’attention et de présence à des personnes particulièrement fragiles.

Aider dans les tâches quotidiennes, accompagner, passer du temps avec ceux qui étaient seuls, essayer d’apporter quelques sourires : ce sont souvent de petits gestes, mais ils prennent une autre dimension dans des lieux où la souffrance fait partie du quotidien.

Pas de grand discours

À Calcutta, j’ai compris qu’aider ne signifie pas toujours résoudre un problème. Parfois, il s’agit simplement de ne pas détourner le regard et d’être là.

Le passage au dispensaire de Daya Den fut particulièrement marquant. Les premiers soins y étaient apportés à des personnes vivant dans la rue, parfois dans des états extrêmement difficiles.

Certaines images vues pendant ces semaines ne m’ont jamais quitté.

Présence Être là auprès de ceux qui en ont besoin.
Attention Redonner un peu de dignité par les gestes du quotidien.
Humanité Se rappeler que derrière la pauvreté, il y a d’abord des personnes.
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Deux expériences très différentes, une même leçon Du projet SEMEAR au Brésil à la présence auprès des plus vulnérables à Calcutta : ces étapes ont profondément changé ma vision de l’engagement.
07
Ce que le terrain m’a appris

Agir, mais surtout
apprendre à agir

Itamarandiba et Calcutta furent deux expériences profondément différentes, mais elles ont chacune transformé ma manière de comprendre l’engagement.

Au Brésil, j’ai découvert la force d’un projet structuré, pensé avec des acteurs locaux et capable d’aboutir à un financement concret. En Inde, j’ai découvert une autre forme d’action : celle qui ne mesure pas son impact en chiffres mais en présence, attention et dignité.

Dans les deux cas, la même idée s’est imposée : on ne peut pas prétendre aider efficacement sans écouter, comprendre le contexte et respecter ceux qui connaissent le terrain bien mieux que nous.

01 Écouter avant d’agir

Les solutions les plus pertinentes viennent souvent de ceux qui vivent les réalités au quotidien.

02 Transmettre ce que l’on sait

Une compétence modeste peut devenir utile si elle répond à un besoin réel exprimé localement.

03 Favoriser l’autonomie

L’objectif n’est pas d’assister indéfiniment, mais de contribuer autant que possible à renforcer les capacités locales.

04 Ne pas sous-estimer la présence

Quand aucune solution immédiate n’existe, l’attention et la présence humaine peuvent déjà compter.

De l’émotion à la conscience, de la conscience à l’action

Ces expériences m’ont appris qu’il ne suffit pas d’être touché par les réalités du monde. L’enjeu est de transformer cette émotion en une action adaptée, humble et utile, même lorsqu’elle est modeste.

Brésil · 2003 Construire

Trois mois autour de projets éducatifs, de formations, d’activités locales et d’un financement concret obtenu pour le projet SEMEAR.

Inde · 2007 Accompagner

Quelques semaines dans les centres Mère Teresa, où aider signifiait surtout apporter du temps, de l’attention et du soutien humain.

Deux étapes, une même conviction

Le voyage n’a pas seulement changé ma manière de regarder le monde. Il m’a progressivement appris qu’à son échelle, chacun peut choisir de ne pas rester simple spectateur.