Ludovic Hubler
Entrepreneur social, conférencier,
écrivain voyageur
Carnet de route
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Bielorussie : J’ai aimé / Je n’ai pas aimé. Le bilan de mon séjour

Je ne suis pas resté longtemps en Biélorussie, seulement trois jours. C’est évidemment bien trop court pour prétendre connaître un pays ou porter un jugement définitif sur ses habitants. Mais trois jours suffisent pour avoir des impressions, vivre quelques expériences et connaître quelques coups de cœur… et quelques déceptions.

Voici donc, en toute subjectivité, ce que j’ai aimé et ce que je n’ai pas aimé durant mon séjour en Biélorussie.

J’ai aimé

01. ❤️ La dame au cœur

Alors que nous sommes tranquillement assis en train de manger, une dame vient spontanément nous voir en faisant un cœur avec ses mains. Elle ne parle pas anglais mais a compris que nous étions étrangers et cherche à nous faire comprendre qu’elle est heureuse de nous voir dans son pays.

Elle nous tend alors une pièce de monnaie biélorusse, comme un petit porte-bonheur, tout en nous faisant comprendre qu’elle espère que notre séjour en Biélorussie se passera bien.

Un geste tout simple, sans langue commune pour communiquer, mais qui nous a beaucoup touchés. Comme souvent en voyage, certaines des plus belles rencontres ne nécessitent finalement pas beaucoup de mots.

02. ☭ Le Comrade Café et son voyage dans le temps

Ceux qui me connaissent le savent : je ne suis un grand adepte ni de l’idéologie communiste, ni des empires, et encore moins des atrocités commises sous Staline, qui ont coûté la vie à des millions de personnes. Je ne suis donc absolument pas nostalgique de ce que représentait l’URSS.

Maintenant que cette époque appartient à l’Histoire, je prends en revanche un certain plaisir à découvrir des restaurants « rétro » qui recréent l’ambiance soviétique. En Transnistrie, j’en avais déjà testé plusieurs avec plaisir.

À Minsk, je me suis donc rendu au Comrade Café. On y retrouve des drapeaux et fanions à l’effigie du Parti communiste, des portraits de Lénine — pas de Staline ici —, des pièces de monnaie et des timbres de l’ère soviétique, d’anciennes cartes d’identité et passeports de l’URSS, des cartes datant des années 1950 et même des articles de presse soviétiques jusque dans les toilettes !

Bref, un amusant voyage dans le temps !


Découvrir le Comrade Café →

03. 🇫🇷 Notre expérience sur les traces de Napoléon à la Bérézina

Comme tout bon Français ayant essayé de suivre ses cours d’histoire au collège, j’avais retenu que Napoléon s’était aventuré jusqu’à Moscou en 1812, qu’il en était revenu « la queue entre les jambes » et qu’il avait perdu au passage des milliers d’hommes dans un endroit appelé la Bérézina.

Le nom de cette rivière est même entré dans la langue française pour devenir synonyme de catastrophe : « C’est la Bérézina ! ».

Puisque nous étions en Biélorussie, je voulais absolument en savoir davantage sur cet épisode particulièrement sombre de l’histoire de France. Et quoi de mieux, pour comprendre l’Histoire, que de se rendre directement sur les lieux où elle s’est déroulée ?

Nous sommes donc allés au musée de Borisov, au champ de Brili et surtout à Studenka, à l’endroit où les hommes du général Éblé construisirent deux ponts permettant à une partie de la Grande Armée de franchir la Bérézina en novembre 1812.

Et j’ai découvert que ce que j’avais retenu de mes cours d’histoire était finalement très simplifié : si l’ensemble de la campagne de Russie fut un désastre absolu pour Napoléon, la traversée de la Bérézina fut paradoxalement une réussite tactique, puisqu’elle lui permit d’échapper à l’encerclement des armées russes et de sauver une partie de son armée.

Passionnant de découvrir tout cela exactement là où les événements se sont déroulés, plus de deux siècles auparavant.

Une excursion réalisée avec Sergey, chauffeur-guide que je ne peux que recommander (whatsapp : +375 29 619-24-95).



Plus de détails sur la Bérézina →

04.🪖 Notre visite à la « Stalin Line »

Impressionnante visite que celle de la Stalin Line, un immense complexe historico-militaire aménagé autour d’anciennes fortifications soviétiques construites dans les années 1920 et 1930 pour protéger les frontières occidentales de l’URSS.

Bunkers, tranchées, chars, avions, pièces d’artillerie, missiles et autres équipements militaires : le site permet de découvrir de très près tout un arsenal de l’époque soviétique et de la Seconde Guerre mondiale.

Le lieu est parfois déroutant par son côté très spectaculaire et sa mise en scène de l’univers militaire — il est même possible d’assister à des tirs ou de tester certaines activités — mais il ne laisse clairement pas indifférent.

Une visite aussi impressionnante que surprenante.

 

05. 👩 Veronica, notre guide à Minsk

Même si la ville de Minsk ne m’a pas particulièrement emballé esthétiquement (voir « Je n’ai pas aimé »), notre guide Veronica était excellente.

Elle parle un anglais remarquable et s’est montrée très précise dans ses explications sur l’histoire de la Biélorussie, avec toujours cette volonté de bien faire et de répondre à nos nombreuses questions, y compris les plus délicates.

Avec la guerre en Ukraine et l’isolement international croissant de la Biélorussie, elle a perdu une grande partie de sa clientèle étrangère ainsi que sa visibilité sur certaines plateformes touristiques internationales. Son activité en a beaucoup souffert.

Bon courage à elle ! Et si vous cherchez une guide compétente à Minsk, n’hésitez pas à prendre contact avec elle (whatsapp : +375 29 631-16-57)

06. 🔥 La place de la Victoire

La victoire sur l’Allemagne nazie, appelée ici la Grande Guerre patriotique, occupe une place immense dans la mémoire collective.

Même si je suis très critique envers le régime soviétique et ce qui a suivi cette victoire en Europe de l’Est, impossible de nier le rôle absolument déterminant joué par l’URSS dans la défaite du nazisme, au prix de pertes humaines considérables.

Je comprends donc parfaitement que les Biélorusses rendent hommage à ceux qui ont combattu et sont morts durant cette guerre.

La place de la Victoire, avec son immense obélisque et sa flamme éternelle, en est une impressionnante illustration.

07. 🏬 Le GUM, les Galeries Lafayette à la biélorusse

J’ai également beaucoup aimé le GUM, le grand magasin historique de Minsk.

Un superbe édifice où les produits biélorusses occupent une place importante : vêtements, alimentation, cosmétiques, souvenirs et toutes sortes d’objets fabriqués dans le pays.

Dans un monde où l’on finit parfois par retrouver exactement les mêmes enseignes et les mêmes marques d’une capitale à l’autre, cela fait du bien de découvrir un grand magasin mettant autant en avant les productions nationales.

Et ça, j’aime beaucoup !

 

08. 🍗 Le KFC le plus soviétique du monde (« Soviet KFC »)

Mélange de tradition et de modernité, de local et d’international : le décor de ce KFC installé dans un bâtiment à l’esthétique soviétique m’a plu.

Voir les logos d’une multinationale américaine au milieu d’un décor aussi monumental crée un contraste assez improbable.

09. 🍽️ Le Lido et les cantines en général

J’aime le principe des cantines : on prend son plateau, on choisit ce que l’on veut parmi une multitude de plats et on mange très correctement pour un prix particulièrement raisonnable.

Le Lido de Minsk en est un bon exemple.

Simple, efficace, beaucoup de choix et pas cher. Ça me plaît !

10. 🍲 La solyanka

On ne va pas se mentir : la nourriture de cette région du monde n’est, et de loin, pas ma préférée (voir la catégorie « Je n’ai pas aimé » !).

J’ai cependant bien apprécié la solyanka, une soupe riche, généreuse et très goûteuse.

Une bonne surprise !

11. 🔒 Le sentiment de sécurité

La Biélorussie nous a donné l’impression d’être un pays très sûr.

À Minsk, nous n’avons jamais ressenti d’insécurité et marcher dans les rues tard le soir ne nous a posé aucun problème.

Évidemment, trois jours ne permettent pas d’établir un constat général sur tout un pays, mais en tant que visiteurs, notre sentiment de sécurité a été excellent.

12. 🧹 La propreté

Pas un papier par terre !

Minsk n’a peut-être pas beaucoup de charme à mes yeux, mais difficile de lui reprocher sa propreté. Les rues, les places, le métro et les espaces publics que nous avons fréquentés nous ont paru remarquablement propres. Et ça, j’apprécie !

13. Les maisons traditionnelles Biélorusses

Elles sont très simples, généralement en bois, mais elles ont, je trouve, plus de charme que les gros bâtiments soviétiques…

Je n’ai pas aimé

01. 🛂 Huit heures pour passer une frontière !

Huit heures d’attente. Oui, huit heures !

Comment est-ce possible ? Je n’ai toujours pas compris.

Mon propre passage devant les agents n’a pourtant duré qu’une dizaine de minutes, avec un interrogatoire particulièrement poussé et une fouille de mon téléphone à la recherche d’éventuels éléments compromettants. Ils n’ont évidemment rien trouvé.

Une expérience pour le moins particulière et, surtout, énormément de temps perdu inutilement.

02. 🚌 Un bus à l’organisation d’un autre âge

J’aime l’efficacité. Alors prendre un bus où une grande partie de l’organisation semble encore gérée avec du papier et un stylo, où le responsable paraît complètement perdu et où cela finit par provoquer des disputes entre passagers et personnel… Insupportable !

Un peu de digitalisation ne ferait vraiment pas de mal.

 

03. 🤐 Les sujets dont on ne parle pas facilement

Difficile en trois jours d’avoir beaucoup de discussions approfondies sur des sujets aussi complexes et délicats que la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la démocratie ou la liberté d’expression.

Mais forcément, en tant que soutien de l’Ukraine et défenseur de la démocratie et de la liberté d’expression, il y aurait beaucoup à dire.

J’ai notamment regardé quelques minutes à la télévision l’une de ces émissions ouvertement favorables à la guerre et au discours officiel russe. J’ai utilisé Google Translate pour essayer de comprendre un peu mais j’ai rapidement zappé. Je déteste la propagande…

Mais cela rappelle aussi que nous sommes ici dans un environnement politique et médiatique très différent de celui auquel nous sommes habitués.

Les discussions que j’ai eues sur ce sujet allaient toutes dans le même sens : Contre l’agresseur russe même si la position officielle du pays est inverse.

Sommes-nous garants des actions de nos gouvernants ? Vaste sujet…

04. 🇷🇺 La phrase glaçante d’un Russe

Nous n’avons rencontré qu’un seul Russe en Biélorussie — même si de nombreux touristes russes visitent aujourd’hui le pays — et l’expérience ne fut malheureusement pas très heureuse.

À l’entrée d’un magasin, nous croisons un Russe qui accompagne un groupe de jeunes. Il dit quelque chose en russe à Marisol, qui lui répond simplement : « No Russian. ». Une manière de lui faire comprendre qu’elle ne parle pas russe.

Sa réponse, traduite par notre guide : « Tu ferais mieux de l’apprendre, nous venons dans ta direction ». No comment !

Le contraste avec notre dame au cœur rencontrée la veille ne pouvait pas être plus saisissant.

Je n’ai cependant pas pour habitude de faire des généralités d’expériences personnelles…

05. 😐 Une certaine austérité

Première impression : ça ne sourit pas beaucoup !

Dans les magasins, les restaurants ou simplement dans la rue, les visages nous ont souvent semblé assez fermés et les échanges plutôt froids.

Cela ne signifie évidemment pas que les gens ne sont pas accueillants — notre « dame au cœur » en est la parfaite illustration — mais les premiers contacts nous ont paru moins spontanément souriants que dans beaucoup d’autres pays que j’ai visités.

C’est une impression après seulement trois jours, rien de plus, mais elle nous a accompagnés pendant notre séjour.

06. 🏙️ Minsk : intéressante, mais pas séduisante

Minsk a été en grande partie détruite pendant la Seconde Guerre mondiale puis reconstruite à l’époque soviétique.

Résultat : de très larges avenues, des bâtiments monumentaux, d’immenses places et une architecture imposante… mais relativement peu du charme que je recherche habituellement dans une ville. Minsk ne m’a donc pas séduit. Et pourtant, je suis très content de l’avoir visitée.

Car une ville n’a pas besoin d’être belle pour être intéressante. Minsk est justement passionnante parce qu’elle est différente. L’influence occidentale y est beaucoup moins visible que dans la plupart des capitales européennes et son architecture, ses symboles, son histoire et son atmosphère permettent de découvrir un univers que l’on rencontre de moins en moins ailleurs en Europe.

Je n’y retournerais probablement pas pour sa beauté. Mais je suis heureux d’y être venu pour comprendre un peu mieux la Biélorussie.

07. 🗣️ La prédominance du russe sur le biélorusse

J’aime la diversité culturelle et je suis toujours un peu triste de voir des langues perdre progressivement du terrain à travers le monde.

Une langue est bien plus qu’un simple moyen de communication : elle porte une histoire, une identité, une culture et une manière de voir le monde.

La Biélorussie possède sa propre langue, le biélorusse, qui est d’ailleurs l’une des deux langues officielles du pays avec le russe.

Pourtant, durant notre séjour — notamment à Minsk — nous avons entendu très majoritairement parler russe. Le biélorusse reste présent dans la culture, la signalétique et chez une partie de la population, mais le russe domine semble-t-il très largement dans la vie quotidienne.

Je trouve toujours dommage qu’une langue propre à un pays perde ainsi du terrain face à une langue dominante.

J’espère que les générations futures continueront à faire vivre le biélorusse, car préserver une langue, c’est aussi préserver une partie de l’identité d’un peuple.

Cela dit, les messages du gouvernement dans la rue sont en Biélorusse. En voici quelques-uns.

08. 🍴 Une cuisine qui manque de diversité

J’ai pour habitude, dans les pays que je visite, de demander quelles sont les spécialités locales et d’essayer d’en goûter le plus possible.

En Biélorussie, j’ai rapidement trouvé le choix assez limité.

Ce que j’ai goûté était correct, mais sans véritable coup de cœur. Seule la solyanka a vraiment régalé mon palais.

Ce n’est définitivement pas pour sa gastronomie que je reviendrai en Biélorussie !

09. 🍔 Mak.by : McDonald’s sans McDonald’s

Après le début de la guerre en Ukraine en février 2022, une question s’est posée à de nombreuses entreprises étrangères présentes en Russie et en Biélorussie : faut-il rester ou partir ?

Plusieurs grandes enseignes internationales ont quitté la région. McDonald’s a notamment cessé ses activités sous sa marque en Biélorussie, où les anciens restaurants ont finalement pris le nom de Mak.by.

Nous avons voulu tester.

Et l’expérience est extrêmement proche de celle de McDonald’s : mêmes codes, même type de restaurant, mêmes types de produits…

Ce n’est pas mauvais. Ce qui me dérange davantage, c’est justement cette impression de copie presque parfaite.

Quitte à remplacer une grande enseigne internationale qui quitte le pays, j’aurais trouvé beaucoup plus intéressant de créer un véritable concept biélorusse, avec sa propre identité, ses propres recettes et son propre univers.

À propos de l’auteur

Ludovic Hubler
Ludovic Hubler
Écrivain-voyageur, conférencier et entrepreneur social. J’explore le monde, ses cultures et ses engagements pour raconter des histoires qui rapprochent.
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