Le tour du monde en stop m’a permis d’être extrêmement mobile et de rester en contact permanent avec les populations locales. J’en ai profité pour rencontrer de nombreux responsables d’organisations non gouvernementales engagées sur le terrain.
Réduction de la pauvreté, accès à l’éducation, santé, amélioration des conditions de vie, lutte contre l’exclusion ou réduction de la violence : ces rencontres m’ont permis de découvrir une grande diversité de projets et de mieux comprendre les réalités sociales, économiques et culturelles des régions traversées.
Beaucoup de ces ONG faisaient un travail remarquable, souvent avec une logique visant non pas à assister les populations, mais à leur permettre de devenir plus autonomes.
Des organisations voisines perdaient parfois du temps, de l’énergie et de l’argent à travailler sur des projets similaires sans connaître les expériences déjà menées par d’autres ONG autour d’elles.
Or, l’objectif final était le même pour tous : améliorer concrètement les conditions de vie des populations. L’idée des journées de rencontre est née de ce constat.
La première journée de rencontre entre ONG vit le jour à San Salvador, avec des organisations venues de plusieurs pays d’Amérique centrale.
L’objectif était simple : réunir autour d’une même table des responsables d’organisations qui, malgré leur proximité géographique ou leurs domaines d’action communs, n’avaient pas toujours l’occasion de se rencontrer.
La journée devait leur permettre de présenter leurs activités, de partager leurs expériences et surtout d’identifier de possibles collaborations futures.
Cette première expérience confirma l’intérêt de ce type de rencontre : créer un espace où les organisations pouvaient sortir de leur quotidien, découvrir les pratiques des autres et réfléchir ensemble à des solutions plus efficaces.
« Cette journée de rencontre nous a permis d’avoir de nouvelles idées de développement et de nouvelles façons de collaborer avec d’autres organisations voisines. »
Gricelda · Présidente de CEDEC · Guatemala« Il n’y a qu’en unissant nos forces qu’on pourra faire une réelle différence. Cette journée fut une excellente occasion de discuter des possibilités de synergies afin d’améliorer notre efficacité. »
José Gomez · REMAR · Guatemala & SalvadorAprès l’expérience menée en Amérique centrale, une nouvelle journée de rencontre fut organisée à Djakarta autour d’organisations engagées notamment sur l’exclusion et l’accès à l’éducation des enfants.
Cette rencontre réunit 27 personnes venues de 13 ONG, travaillant notamment sur les questions d’exclusion et sur l’accès à l’éducation pour les enfants.
Comme à San Salvador, l’objectif n’était pas de créer une nouvelle structure, mais simplement d’offrir un espace où les responsables d’organisations pouvaient se rencontrer, présenter leurs projets et partager leurs expériences.
La diversité des acteurs présents permettait de confronter les méthodes, d’identifier des problématiques communes et surtout de découvrir ce que d’autres organisations réalisaient parfois à seulement quelques kilomètres.
Plus les organisations se connaissent, plus elles peuvent éviter les doublons, partager les bonnes pratiques et imaginer des actions communes.
La troisième journée de rencontre fut organisée à New Delhi, avec des responsables d’ONG opérant dans la capitale indienne.
Cette journée rassembla 31 personnes représentant 17 ONG actives à New Delhi.
L’un des principaux constats était particulièrement frappant : dans une ville comptant un très grand nombre d’organisations, certaines ne connaissaient que très peu les structures qui travaillaient pourtant sur des problématiques proches des leurs.
La rencontre permit donc avant tout de créer des liens : découvrir les projets des autres, échanger des contacts, comparer les méthodes utilisées et envisager de futures collaborations.
« En Inde, nous avons un nombre incalculable d’organisations mais chacun travaille dans son coin et on ne se connaît souvent pas les uns les autres. Cette journée fut un moyen de faire connaissance et d’envisager de futures collaborations avec d’autres. »Shakeel · ONG Aman Biradiri · New Delhi
De San Salvador à Djakarta puis New Delhi, ces trois expériences ont confirmé une intuition simple : mettre les acteurs en relation peut déjà être une forme d’action.
Les réactions des responsables d’ONG furent très positives. Certains repartaient avec de nouvelles idées de développement, d’autres avec des contacts qu’ils ne possédaient pas auparavant, et plusieurs envisageaient déjà de nouvelles formes de collaboration.
L’objectif n’était pas de créer une organisation supplémentaire, mais au contraire de permettre à celles qui existaient déjà de mieux se connaître et d’unir leurs forces.
Deux organisations géographiquement proches peuvent travailler sur des problématiques similaires sans jamais avoir réellement eu l’occasion d’échanger.
Une solution testée par une ONG peut faire gagner beaucoup de temps et d’énergie à une autre confrontée au même problème.
Mutualiser les connaissances, les réseaux et parfois les moyens permet d’imaginer des réponses plus efficaces et plus durables.
Ces rencontres ne restèrent pas uniquement confinées aux participants présents autour de la table. Des médias locaux relayèrent également l’initiative.
Intervida, une importante ONG alors présente dans 14 pays, consacra notamment un article à cette démarche de mise en relation des organisations.
Une reconnaissance modeste, mais qui confortait l’idée qu’au-delà des projets eux-mêmes, la coopération entre acteurs pouvait constituer un véritable levier d’impact.
Ces rencontres m’ont surtout permis d’ouvrir davantage les yeux sur les conditions de vie particulièrement difficiles auxquelles sont confrontées de nombreuses populations dans les pays traversés.
Elles ont renforcé une conviction : le développement ne peut pas se résumer à donner. Il s’agit aussi de créer les conditions permettant aux populations d’accéder à une éducation digne de ce nom, à de meilleures conditions de vie et, autant que possible, à davantage d’autonomie.
Ce tour du monde devait initialement être une formidable école de la vie. Ces rencontres avec les acteurs de terrain ont largement contribué à en faire aussi une école de l’engagement.